En France, c’est bien connu, on n’évolue pas on révolue. Surtout en mai ! Ah ces révolutions que l’on aime vivre par procuration ! Nous n’allons donc pas échapper aux souvenirs des anciens combattants de mai 68 dont on ne sait jamais très bien s’ils ont vraiment vécu ce qu’ils racontent ou s’ils s’inventent une part d’histoire. La Révolution, en ce début de mois de mai, c’est plutôt du côté de l’économie qu’il faut aller la chercher. Enfin, plutôt une évolution pour tout dire, mais porteuse de beaucoup de sens. Explications à travers les exemples de Lesaffre, Décathlon voire Bonduelle.….
Chez Décathlon on est efficace et pragmatique. Tous les jeunes passés par la moulinette « Décat » vous le diront : ici, on paie de sa personne et on se bouge sinon… on va voir ailleurs. Voir ailleurs, c’est ce que le grand groupe nordiste – et mondial, ce qui n’est pas antinomique loin s’en faut ! – a fait ces dix dernières années en s’implantant dans les pays émergents – notamment – la Chine pour y développer ses magasins mais, surtout, ses unités de production de matériels sportifs sous sa marque. Cette décennie et cette réputation d’ailleurs « exploiter ailleurs, ce qui n’est plus possible ici » ce sera bientôt le passé. Pour avoir beaucoup bourlingué – ce qui est normal quand on vend des articles de sport et de randonnée – Décathlon a beaucoup appris. Notamment à réagir vite. Voilà ce qui amène le groupe nordiste à opérer un double virage stratégique. Le premier concerne la production. La Chine c’est bien. Ou, plus exactement, c’eût été bien. Mais la page se tourne. Les salaires, notamment ceux des cadres supérieurs augmentent à une vitesse exponentielle – 30% l’an-, la mobilité du personnel devient une donnée de plus en plus aléatoire. Et, pire, la Chine est devenue le royaume de la copie immédiate. Y compris lorsqu’il s’agit d’installer une usine concurrente à 50km pour lancer sur le marché des produits « très, très » proches des vôtres et, bien sûr, à des prix encore moins chers. Cette course épuisante use, épuise les équipes dirigeants et rend de plus en plus aléatoire un management à distance.
Décathlon vient de tirer une conclusion simple de la montée en puissance exponentielle du marché chinois et de son industrie. Il faut y être mais pas n’importe comment. Voilà pourquoi la fabrication des vélos « B Twin » vient de revenir à Lille où le groupe va installer sa principale unité de production où il pourra développer ses nouveaux produits avec relativement plus de sécurité. Seconde conséquence de cette analyse de l’évolution des marchés mondiaux : seule la vraie valeur ajoutée justifiera une différence de coût dans les pays développés. D !s lors, c’est, là, qu’il faut réinvestir le marché par une plus grande proximité avec le client final. Voilà pourquoi, Yves Claude, le directeur général d’Oxylane, la nouvelle dénomination du groupe, a annoncé cette semaine la création d’EssenSole Village « le Centre Technologique Mondial du Chaussant », sur 3 ha à Lille sud en 2010. Oxylane veut y développer un lieu convivial – à son image – d’étude et de conception de ses futurs produits chaussant. Au passage, il participe à la reconversion d’un quartier, longtemps considéré « laissé pour compte » de la ville de Lille.
Cet exemple montre combien les certitudes deviennent une valeur de plus en plus éphémère dans l’économie de ce début de XXIème siècle. Seule l’expertise du terrain et la confrontation aux autres sur le terrain permet de se forger une véritable expérience. A condition de la revalider en permanence. Mais cette accélération de l’évolution du contexte concurrentiel et les remises en cause qu’il impose peuvent, aussi, faire peur. C’est tout l’enjeu du débat qui provoque, aujourd’hui, d’importants remous au sein de l’actionnariat du groupe Lesaffre. Longtemps montré en exemple pour la sérénité et la solidité de sa stratégie reposant sur un actionnariat familial stable, l’accélération des échanges mondiaux provoquée par l’émergence du bloc des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) vient de lézarder l’union familiale. Lucien Lesaffre, le PDG a été mis en minorité sur sa stratégie internationale, osée donc risquée. Lesaffre n’est pas malade, encore moins mort, mais Lesaffre n’échappe plus à l’évolution – certains parlent, à juste titre, de révolution – de l’économie mondiale. Et cette perspective peut faire peur. Dès lors, le dialogue peut devenir délicat voire conflictuel. Mais ne pas bouger c’est, déjà, renoncer et commencer à perdre. La preuve, pour ne pas se retrouver dans cette situation, un autre fleuron régional de l’industrie agroalimentaire a remis en cause, en 2007, ce qui a, longtemps, été l’un de ses axiomes de développement : privilégier l’Europe et la proximité. Bonduelle a racheté un groupe canadien spécialisé dans le légume qui le fait grossir de plus de 40% et l’installe sur le marché nord-américain.
Décathlon, Lesaffre, Bonduelle : partout, le principe d’efficacité s’impose, bouscule, inquiète, oblige à des révisions stratégiques. C’est ainsi que l’économie évolue. Bien plus fort et bien plus vite que la ®évolution de 68. En ce mois de mai, 40ème anniversaire de 1968, ne nous trompons pas d’époque. Ce rêvons pas à ce que nous aurions du faire. Voyons, lucidement, toutes les opportunités qui s’ouvrent à nous. Décathlon, à Lille, nous montre que tout est toujours possible (version positive) ou que rien n’est jamais perdu (version négative).
Conformément à la loi Informatique et Liberté n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, nous nous engageons à informer les personnes qui fournissent des données nominatives sur notre site de leurs droits, notamment de leur droit d'accès et de rectification sur ces données nominatives. Nous nous engageons à prendre toutes précautions afin de préserver la sécurité de ces informations et notamment empêcher qu'elles ne soient déformées, endommagées ou communiquées à des tiers.